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mardi 3 octobre 2006

Ceci est mon corps (de métier)

Tu n'es pas sans savoir que, selon le calendrier du travailleur moyen, les vacances c'est bien fini. Alors nous au taff, avant le pot de la confraternité, on se fait une grand-messe de rentrée, histoire de recadrer les fidèles, de faire des bilans et des projets, tout ça...que des trucs excitants, t'imagines pas.

Ma technique c'est d'être à la bourre (oui eh oh c'est pas la peine de dire comme d'hab, je fais des efforts je te signale), ça commence jamais à l'heure. J'arrive avec un calepin et un stylo. Et mon bouquin, on sait jamais. La séance est à peine déclarée ouverte que quelqu'une se lève et quitte la salle. Une salle, soit dit en passant, où tu pourrais faire une sacrée teuf. Je me dis qu'elle a peut-être pas tort. Dans le doute je feuillette la prose d'Henry Miller. Le grand prêtre (alias monsieur le directeur) se met à encenser (sans encensoir, déconne pas, on est moderne) son adjointe qui arbore une nouvelle coupe de cheveux pour l'occasion. Mon voisin de gauche me prie de simuler une transe-possession pour faire diversion, vers 11h30, heure à laquelle il souhaite aller communier ailleurs.

Au bout de pas trop longtemps, l'intégralité de la rangée derrière moi semble plongée dans une profonde méditation collective, les yeux clos, la respiration lente. Du coup je m'intéresse un peu au maître de cérémonie (mec au micro pour les intimes). Si ça se trouve, il est en train de tous nous hypnotiser, le traître (vous paupières sont lourdes, vous n'écoutez que ma voix, vous m'appartenez. Machin (oui, c'est un homme à hommes), vous passerez sous mon bureau dès que possible ; les autres vous vous consacrerez corps et âme au service public). Mais non, il dit juste qu'il va énumérer les difficultés (eh ben on n'est pas rendu). Il est vachement tôt pour la marmotte que je suis, si en plus ça roupille derrière, ça va être dur de se motiver, j'te jure...

Mais je m'accroche en fixant mon regard sur le cul très apparent d'une collègue adepte des pantalons taille basse : je constate qu'elle ne porte pas de string, peut-être n'a-t-elle rien sous son jean...

Ma voisine de devant soupire fort et regarde ostensiblement sa montre, environ toutes les dix secondes (estimation basse). Je me demande bien pourquoi elle est venue ; étant donné la forte densité de population, son absence serait passée inaperçue, déjà qu'on la voit pas forcément très bien quand elle est seule. Tout de même, elle brille par sa connerie, faut être juste. C'est marrant, j'ai pas d'exemple à te donner, mais c'est ce genre de fille (ou de mec hein) que t'as sûrement déjà rencontré, y a pas de raisons : quand elle ouvre la bouche, tu peux pas t'empêcher de penser mais qu'est-ce qu'elle est conne, c'est pas possible ! À tel point que des fois t'es obligé de lui dire.

En l'occurrence elle a de la concurrence en la personne d'un gars...celui-là faut que je t'en parle vite fait. Au début tout le monde me dit : quoi ? tu lui parles à lui ? tu sais qu'il dit bonjour à personne et qu'il est psychopathe ? Moi tu me connais, je me laisse pas influencer, le gars me salue, il est souriant, à la cantine on discute musique électronique. Il compose, je lui demande s'il a des trucs à me faire écouter, il me propose d'abord des trucs d'artistes reconnus (par timidité je suppose). Il vient souvent me chercher pour des pauses-clopes...Trop souvent, je finis par me dire. Il m'apporte un CD intitulé Eros Sphère...Y a peut-être un message caché hein, qu'est-ce que t'en penses ? Puis je constate qu'effectivement il est pas aimable du tout avec les autres. Un jour il m'invite chez lui pour choisir moi-même ce que je veux écouter, c'est plus pratique...Ben voyons. Bon là j'ai été obligée d'argumenter mon refus par une mise au point nette et non négociable. Depuis il ne me dit plus bonjour et il em regarde avec son rictus de psychopathe. Comme quoi, parfois, la majorité a raison.

Donc, niveau connerie il est en forme, en tout cas aujourd'hui - c'est un con circonstanciel, un peu comme tout le monde (sauf la nana à la montre qui est titulaire) : il pose une question...mais une question...juste histoire de poser une question quoi, je ne vois pas d'autre explication. Ça sidère pas grand monde vu que personne écoute, mais je suis curieuse de la réponse du mec au micro qui, selon toute apparence, a suivi assidument ses formations d'encadrement. La preuve, il commence sa phrase par j'ai dû mal m'exprimer (traduction : t'es vraiment qu'un con qui capte rien) et il reformule.

Ça se réveille un peu derrière. J'entends qu'on chuchote Je vais tenter une sortie-toilettes définitive. Mon portable bippe (ouais ouais ouais, je sais. J'ai oublié, ça t'arrivev jamais peut-être ? En plus personne n'y prête attention, alors ? il est où le problème ?) : Ma nuit démar tard. Jpense fort à toa é o pingouin ! Mangé bien ce midi ! Il fo pleins de vitamines pr se préparer à l'hiver. Jvous bizoute ! Bonne journée ma douce ! Ton ptit cor me mank !

Je déconnecte le téléphone et moi-même. L'écran de mon cerveau s'anime d'images chaudes et lascives, doux péché charnel...jusqu'à ce que monsieur le directeur (de conscience) annonce : Nunc est bibendum. Ah oui, j'ai oublié de te dire, c'était une grand-messe en latin.

vendredi 15 septembre 2006

♫ J'entends les bonzes de Dong Palaan qui récitent des sutras couverts par les décibels des mobylettes Honda ♫

Camarade, sache que je suis encore toute tourneboulée par les récents évenements (je ne parle évidemment pas du jeune homme responsable d'une tuerie à Montréal, ni de la menace d'Al-Qaida concernant la France, ni même du skater massacré avant d'être jeté d'un pont à Toulouse...rien de tout ça, désolée, si tu es intéressé, achète la presse et reste pas dans mes pattes, parce qu'ici ça va parler de moi, comme d'hab).

On en était resté que bon, une espèce de tramontane mistraleuse avait soufflé sur Ada et le charmant. S'ensuivit un SMS que vous avez eu la gentillesse d'interpréter, puis un coup de fil sous le signe de la tristesse. Si tu crois que le vent s'est couché, détrompe-toi (et va voir le dernier Ken Loach tant qu'à faire). T'es prêt ?

Hier soir je me pose en terrasse du nouveau bar avec mon pote (bon je vais pas te le resituer à chaque fois celui-là, tu vois qui), Phénix et la grande dame. Le charmant charmeur chilien vient à passer, avec un troupeau de skaters. Il traverse pour nous saluer, il est hyper tendu. Je sais qu'il y a une soirée-vernissage à Oberkampf, on est censé y aller ensemble, on se dit à plus tard.

Plus tard donc j'appelle le charmant comme convenu. Essaye d'être attentif parce que ça va se jouer en l'espace de rien du tout.

Lui (voix du mec que tu déranges) : oui Ada

Moi : alors ? t'en es où ?

Lui (voix sèche sèche) (voix qui donne soif si tu préfères) (mais voix qui coupe l'appétit) : t'as vu comment tu me parles ? tu m'impressionnes avec ton "alors"

Moi : ...?...ouh là, qu'est-ce qui se passe ?

Lui : bon je suis chez moi là, avec des potes

Moi : Écoute on n'est pas obligé de se voir ce soir mais ça t'empêche pas de me le dire gentiment.

Lui : oui voilà c'est mieux, allez bonne soirée (il me raccroche au nez !)

Je retourne m'attabler avec la compagnie qui s'inquiète de ma mine défaite. Je ne leur cache pas que ça va mal mais si ça les ennuie pas, on n'en parlera pas là tout de suite. La discussion repart sur autre chose, je sais pas quoi, je suis ailleurs. Me reviennent en écho les mises en garde de mon pote barman...je me dis c'est bizarre la vie (ah ben oui, j'ai toujours des réflexions profondes et originales dans les moments graves). Finalement je les quitte, j'ai envie d'être seule.

Le temps passe. Après réflexion je rappelle le charmant, j'ai besoin d'explications : ça sonne deux fois et hop, il me zappe, t'y crois à ça ? Moi je suis bien obligée d'y croire puisque ça m'arrive. Bon t'auras deviné que je ne laisse pas de message, je lis un minimum entre les interlignes (oui c'est mieux qu'entre les lignes quand tu y penses). À ce stade je ne te surprendrai pas si je te dis que je suis paumée. Je retourne dans ma tête le pourquoi du comment, je pressens que ça s'origine quelque part dans la soirée de la veille, mais je ne vois pas ce qu'il peut bien me reprocher. Et même c'est plutôt moi qui ai des choses à lui reprocher non ? Alors merde...Après le choc de l'incompréhension, la tristesse puis la colère.

J'hésite à te raconter la suite. Mais si je commence à te mentir maintenant, ne serait-ce que par omission, on va pas s'en sortir. Alors voilà ce que je fais : je vais me faire consoler par ex-monamour qui s'en trouve fort aise. J'ai honte mais j'assume. Et si tu n'y vois pas d'inconvénients, te fatigue surtout pas à me haïr, je me débrouille très bien toute seule.

0h18 : Ce ki cé passé é passé. Ce ki se passe ne passe pas (oui bon ça va aller les phrases énigmatiques, tu t'es pris pour le père Fouras ou quoi ?). Réponse : mais il se passe quoi ??? Échange téléphonique de vive voix à l'issue duquel on tombeb d'accord sur le fait qu'il faut qu'on parle. Il insiste pour qu'on se voie maintenant. Non mais oh, je suis à poil, au pieu, en plus il pleut des cordes...Cela dit moi aussi j'ai envie de régler ça vite fait.

Arrivée chez lui je lui dis que je comprends rien, ok ? Alors soit y a un truc qui m'échappe, soit y a un truc qui m'échappe, au choix...Je vais pas t'ennuyer avec les détails de la discussion. Pour aller vite il ressort de là qu'il a été très vilain-méchant-pas beau mais qu'il voulait que je reste la veille, malgré ses amis, qu'il m'a trouvé très agressive avec mon "alors", même s'il veut bien reconnaître que ce "alors" ne l'était objectivement pas, qu'il ne comprend pas lui non plus pourquoi ça a pris de telles proportions, etc...et que maintenant si on allait se coucher ? Ouais ouais ouais...

Tu sais quoi ? on dirait que non seulement je culpabilise d'avoir revu ex-monamour mais en plus je suis raide dingue du charmant, parce qu'au final je suis restée chez lui et il l'avait pourtant pas mérité. J'ajoute que tout cela est très perturbant et dès que j'ai cinq minutes pour y réfléchir, je sens que ça va pas me plaire. Les passions autodestructrices, je sais pas pour toi mais moi c'est bon, merci.

Je trouve sous la couette un petit pingouin qui s'illumine quand tu le caresses gentiment. Je savais pas si tu voudrais me revoir, si ça servirait de cadeau d'adieu ou de réconciliation, mais je l'ai quand même pris pour toi. Bonne nuit les petits.

Ce matin, comme quoi tu vois je suis une fille vachement sympa (légèrement maso et conne aussi) je lui envoie un SMS du taff : Le pingouin et moi on pense fort à toi. Réponse : Moa ossi jpensé justement a vou ! Jsui heureu dte retrouvé. Té lanimal le plus mignon du monde ! Le pingouin le sé bien. Jtenvoi pleins dbizous ! Quelques minutes après : Jvien drechargé mon prt pr envoyé dé bizous o pingouin ki soa pa jalou ! jvou aime bocou. Mé toa jtaime plus encore !

♫ Au pays des Laan Xaang et du Parasol Blanc, le Bouddha Sakyamouni est très compatissant ♫